Demain marquera le 80e anniversaire du massacre de Thiaroye, une tragédie qui reste l'une des pages les plus sombres de l'histoire coloniale française en Afrique.
Ce jour-là, en 1944, des tirailleurs sénégalais, anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale réclamant le paiement de leur solde, furent brutalement abattus par l'armée coloniale française. Les chiffres officiels évoquent entre 35 et 70 morts, mais de nombreux historiens et témoins affirment que le bilan est bien plus lourd.
Aujourd'hui, le site du massacre, autrefois le Camp de Thiaroye, n'est plus qu'un souvenir étouffé sous les fondations de constructions civiles. La seule exception demeure le Camp Lieutenant Amadou Lindor Fall, siège du Bataillon des parachutistes, préservé malgré le démantèlement des autres installations militaires au début des années 2000. C'est ici que se dérouleront demain les cérémonies de commémoration.
Une mémoire qui divise
La commémoration de Thiaroye 44 prend cette année une tournure particulière. Dans une lettre adressée à son homologue sénégalais, le Président français a reconnu que le massacre de Thiaroye constituait une « faute lourde » de la France. Une déclaration symbolique, mais qui semble insuffisante pour apaiser les tensions.
Le Président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, a annoncé, dans une interview récente à un média français, une décision forte : le retrait imminent des troupes françaises présentes sur le sol sénégalais. Ce choix, selon lui, s'inscrit dans une volonté de renforcer l'indépendance et l'autonomie du pays, marquant une rupture avec les vestiges de la domination coloniale.
Un passé à exhumer
À Thiaroye, les réponses aux nombreuses interrogations restent enfouies, tout comme les victimes de cette tragédie. Le mystère persiste autour des responsabilités, des ordres donnés et du nombre réel de morts. Pour certains observateurs, ces commémorations annuelles, bien qu’importantes, ne suffisent pas à faire la lumière sur les événements.
À quelques heures des cérémonies, les regards se tournent vers le Camp Lieutenant Amadou Lindor Fall, dernier vestige militaire du site. C'est là que, demain, les hommages officiels seront rendus aux martyrs de Thiaroye. Mais au-delà des discours, les revendications d’une mémoire pleinement assumée et d'une souveraineté totale continuent de résonner, non seulement au Sénégal, mais à travers toute l'Afrique.
Thiaroye 44 demeure un symbole : celui d’une lutte pour la justice, la dignité et la mémoire, dans un continent qui revendique son histoire et son avenir.
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Kaw Oumar Sarr