La décoration de Babacar Ngom est une faute politique et morale qui révèle une dérive présidentielle face à la volonté populaire
Le paysage politique sénégalais est encore bouleversé par la controverse autour de la récente distinction honorifique accordée à Babacar Ngom, président du groupe SEDIMA, par le chef de l'État. La décoration de cet homme, considéré par beaucoup comme symbole d'injustice foncière et d'exploitation, soulève des questions fondamentales sur la cohérence politique et morale du pouvoir actuel, ainsi que sur la crédibilité des institutions. Pendant longtemps, un certain silence a été observé face aux divergences apparentes entre le Président de la République, Bassirou Diomaye Diakhare Faye, et le Premier ministre Ousmane Sonko. Ce choix de retenue, affirmé comme étant une démarche de responsabilité citoyenne, avait pour but de préserver la stabilité des institutions et d’éviter tout affrontement inutile. Cependant, à force de laisser passer des décisions contestables, le silence devient une forme de complicité. La dernière décision, celle d'honorer Babacar Ngom de la Grand-Croix de l’Ordre national du Lion, glace le sang des observateurs et des populations concernées. En effet, avant son accession au pouvoir, le président Faye n'avait pas hésité à qualifier publiquement Babacar Ngom de « cynique », de « traître » et d’« usurpateur de terres ». Ces accusations, qui n’étaient pas dénuées de fondement, reflétaient une position claire et ferme face à ce qu'il considérait comme des pratiques d'exploitation et de spoliation. Comment peut-on, en peu de temps, transformer un homme condamné pour ses actions destructrices en un modèle d’exemplarité, digne des plus hautes distinctions de l’État ? Ce revirement soudaine traduit une rupture profonde avec les principes de justice, de cohérence et de responsabilité qui devraient guider le pouvoir. En décorant Babacar Ngom, le président Faye semble renier ses propres déclarations d’hier, trahissant ainsi la confiance populaire et la lutte pour une justice foncière équitable. Ce geste est perçu comme une faute grave, tant sur le plan politique que moral, car il remet en cause la crédibilité du sommet de l’État face à ceux qui luttent pour leurs droits et contre la spoliation. Ce faisant, le Président creuse sa propre tombe politique, en s’éloignant de l’électorat populaire qui attend un changement sincère, une gouvernance conforme aux aspirations de justice et d’équité. La majorité des Sénégalais, notamment ceux victimes de pratiques dévastatrices dans le secteur foncier, voient en Babacar Ngom un symbolisme négatif. La juxtaposition d’un homme accusé de prédation et d’une distinction de cette nature sape le fondement même de la légitimité démocratique. Dans ce contexte, Ousmane Sonko reste, pour une majorité de Sénégalais, le porte-drapeau de la foi dans une alternative politique sincère, crédible et fidèle aux valeurs de justice sociale, de souveraineté et de dignité. Son engagement et sa ligne politique cohérente font de lui un choix naturel pour ceux qui aspirent à une rupture avec les pratiques d’hier et à une gouvernance respectueuse de la volonté populaire. Je tiens ici à renouveler mon soutien indéfectible au président Ousmane Sonko, à ses valeurs et à son combat. Ce n’est ni par opportunisme ni par passion personnelle, mais par une conviction basée sur la constance, la vérité et la responsabilité citoyenne. Le peuple sénégalais, dans son ensemble, observe, comprend et jugera. Car, comme l’histoire politique du Sénégal l’a déjà montré, aucune trahison de la confiance populaire ne peut rester impunie, et gouverner contre la volonté du peuple conduit inévitablement à la marginalisation et à la disparition politique. Ce débat dépasse la simple polémique pour toucher au cœur même de l’intégrité et des principes démocratiques. La crédibilité de nos institutions dépend de leur capacité à respecter la justice, la morale et la volonté populaire. La décoration de Babacar Ngom doit ainsi servir de leçon et d’appel à la coherence pour l’ensemble des acteurs politiques sénégalais.
Serigne Gaye Ndiéguéne
Coordonnateur départemental du Mouvement des Domou Daara Patriotes (MODDAP) - Thiès
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