un risque sérieux de cumul irrégulier d’emplois publics. La publication, le 26 décembre 2025, des résultats du recrutement d’enseignants-chercheurs par les autorités guinéennes soulève une vive inquiétude au Sénégal.

post Selon la délibération du jury, soixante (60) enseignants-chercheurs permanents issus des universités publiques sénégalaises ont été sélectionnés pour intégrer la fonction publique guinéenne, alors qu’ils sont fonctionnaires de l’État du Sénégal, en activité à plein temps.
Parmi ces 60 enseignants-chercheurs sélectionnés figurent 9 Professeurs Titulaires, 6 Professeurs Assimilés et 3 Maîtres de Conférences titulaires, dont certains exercent des fonctions de premier plan telles que Directeur d’UFR ou Directeur d’École doctorale.
Il est important de préciser que les intéressés ont candidaté et ont été sélectionnés, mais qu’il n’est pas établi, à ce stade, qu’ils aient signé un contrat ou pris effectivement service. Toutefois, l’appel à candidatures précisait une exigence claire de « disponibilité immédiate », une condition difficilement compatible avec le statut de fonctionnaire sénégalais en exercice et qui justifie une alerte préventive.
En effet, le Statut général des fonctionnaires sénégalais est sans ambiguïté. Il consacre le principe du dévouement exclusif de l’agent public au service de l’État et interdit le cumul de deux emplois publics rémunérés, y compris avec une administration étrangère, sauf autorisation expresse et préalable de l’autorité compétente (détachement, mise à disposition, disponibilité ou autorisation exceptionnelle de cumul). En l’absence d’une telle décision administrative, tout engagement effectif dans une autre fonction publique constituerait une irrégularité, susceptible de sanctions disciplinaires.
Dès lors, la simple exigence de « disponibilité immédiate » posée par une administration étrangère place les enseignants-chercheurs concernés dans une situation juridiquement sensible. Un fonctionnaire sénégalais ne peut se déclarer immédiatement disponible sans avoir, au préalable, obtenu une décision formelle de son administration d’origine, conformément aux règles de la fonction publique.
Cette situation intervient dans un contexte particulièrement tendu pour l’enseignement supérieur sénégalais. Les universités publiques font face à un déficit chronique d’enseignants-chercheurs, aggravant le chevauchement des années académiques et la dégradation des conditions d’encadrement. Conscient de ces enjeux, l’État du Sénégal a lancé un programme de recrutement de 500 enseignants-chercheurs pour l’année universitaire 2025-2026, avec un engagement similaire pour les deux années suivantes.
Dans ce contexte, la perspective de voir des enseignants-chercheurs titulaires parfois investis de responsabilités académiques majeures s’inscrire dans un processus de recrutement étranger exigeant une disponibilité immédiate, sans information préalable de leur hiérarchie, pose un problème sérieux de continuité du service public et de loyauté institutionnelle.
Il appartient désormais au Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation (MESRI), en lien avec les Recteurs d’universités, de demander des explications aux intéressés, afin de vérifier l’existence d’autorisations régulières et de prévenir tout cumul d’emplois publics contraire à la loi. Cette démarche vise moins à sanctionner qu’à éviter une violation manifeste du statut de la fonction publique.
Parallèlement, un dialogue institutionnel avec les autorités guinéennes s’impose, afin d’encadrer la mobilité académique dans le respect des législations nationales, à travers des détachements, des missions temporaires ou des accords de coopération formalisés.
La mobilité internationale des enseignants-chercheurs est légitime et souhaitable. Mais elle ne peut se faire au mépris des règles fondamentales de la fonction publique.

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Le respect du droit et de l’intérêt général est la condition essentielle de la crédibilité de l’Université sénégalaise et de l’autorité de l’État.

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