INTEC Energy Solutions Holding Ltd / SOMELEC (Khatri Ould Dahoud, Abderrahmane Ould Abdallah et Hademine Ould El Ghazouani.)

post Source : Sidi KMACHE

De Nouakchott à Londres : le mystérieux fil INTEC au cœur des projets électriques mauritaniens

Qui est réellement Abderrahmane Ould Abdallah ? Et comment le nom d’une société créée à Londres avec un capital de seulement 1 000 livres sterling s’est-il retrouvé associé à des contrats majeurs dans le secteur de l’électricité en Mauritanie ?

L’histoire commence à Nouakchott.

Nous étions en train de suivre un dossier au ministère de l’Énergie lorsqu’un homme a retenu notre attention.

Il se rendait régulièrement dans le bureau du ministre. Ce n’étaient pas de simples passages : il entrait, restait parfois plusieurs heures, puis repartait.

La scène s’est répétée.

Encore et encore.

Une question s’est alors imposée : qui est cet homme dont la présence au sein du ministère semblait aussi familière ?

Nos recherches nous ont conduits vers un nom : l’ingénieur Abderrahmane Ould Abdallah.

À partir de ce moment, nous avons décidé de suivre sa trace.

Le nom INTEC apparaît dans les dossiers de la SOMELEC

Nous avons consulté plusieurs dossiers de la Société mauritanienne d’électricité, la SOMELEC.

Un nom revenait : INTEC.

Le 20 février 2025, la SOMELEC annonçait l’attribution à GOPA-International Energy Consultants GmbH (INTEC) d’un contrat portant sur le suivi de la construction de l’extension d’une centrale électrique de 60 mégawatts à Nouakchott.

Montant annoncé : environ 1,052 milliard d’anciennes ouguiyas.

Quelques mois plus tard, le 11 novembre 2025, INTEC apparaissait dans un autre contrat concernant la ligne électrique Nouakchott–Boulenouar.

Montant : environ 587 millions d’anciennes ouguiyas.

Au total, les deux contrats représentent environ 1,639 milliard d’anciennes ouguiyas en une seule année.

Les montants posent naturellement des questions.

Mais une autre question nous a semblé encore plus importante :

Qui se trouve réellement derrière INTEC ?

Direction Londres

Nous avons décidé de poursuivre nos recherches hors de Mauritanie.

Destination : le Royaume-Uni.

Après plusieurs vérifications, nous avons retrouvé dans le registre britannique une société portant le nom de INTEC Energy Solutions Holding Ltd.

Date de création : 12 décembre 2024.

Capital déclaré lors de la constitution : 1 000 livres sterling.

Et dans les documents officiels, un nom apparaît comme directeur :

Abderrahmane Ould Abdallah.

Nous avons tenté de joindre la société au numéro de téléphone enregistré au Royaume-Uni.

Aucune réponse.

Nous avons alors décidé de nous rendre directement à l’adresse officielle de l’entreprise, à Londres.

Une adresse, mais où est l’entreprise ?

L’adresse nous conduit vers un imposant immeuble de 17 étages.

De l’extérieur, tout laisse penser à un important centre d’affaires.

Mais après quelques vérifications sur place, la situation apparaît différente.

Un employé indien rencontré dans le bâtiment nous affirme que INTEC n’occupe pas réellement de bureaux à cette adresse.

Selon lui, certaines adresses du bâtiment sont utilisées pour l’enregistrement de sociétés, sans que celles-ci y disposent nécessairement d’une présence physique permanente.

Nous avons cherché des signes d’une activité réelle :

Des bureaux.

Des employés.

Une équipe technique.

Des ingénieurs.

Une organisation correspondant à une société dont le nom apparaît dans des contrats importants du secteur électrique.

Nous n’avons rien trouvé.

Seulement une adresse enregistrée à Londres.

Et c’est précisément à ce moment que les questions deviennent plus nombreuses.

Où se trouve réellement l’activité d’INTEC ?

Qui pilote ses opérations en Mauritanie ?

Pourquoi une société créée récemment au Royaume-Uni apparaît-elle dans des projets électriques d’une telle importance ?

Et surtout :

Pourquoi son directeur est-il un Mauritanien déjà identifié dans notre enquête ?

Retour à Nouakchott

Nous sommes revenus en Mauritanie.

Nous avons commencé à recouper les personnes, les réunions et les événements liés au projet.

Selon les éléments recueillis au cours de notre enquête, une réunion aurait eu lieu environ un mois avant l’attribution du marché.

Autour de la table : Khatri Ould Dahoud, Abderrahmane Ould Abdallah et Hademine Ould El Ghazouani.

Au cours de cette réunion, Hademine Ould El Ghazouani aurait indiqué que IWA Green devait arriver en Mauritanie avec un investissement estimé à environ 300 millions de dollars, dans le cadre d’un important projet énergétique.

Mais un autre élément aurait été évoqué.

Selon les informations recueillies, Hademine Ould El Ghazouani aurait indiqué qu’un bureau d’études serait imposé à IWA Green pour assurer le suivi du projet.

Avec une préférence particulière :

que ce bureau soit établi à l’extérieur de la Mauritanie.

Et c’est ici que le nom INTEC réapparaît.

Une société créée au moment où le puzzle se met en place

INTEC Energy Solutions Holding Ltd a été créée au Royaume-Uni en décembre 2024.

Son directeur : Abderrahmane Ould Abdallah.

Quelques semaines plus tard, le nom d’INTEC apparaît dans des dossiers liés au secteur de l’électricité en Mauritanie.

Pour notre enquête, cette chronologie mérite d’être examinée.

Car la question n’est plus seulement de savoir si INTEC existe juridiquement.

La question est de savoir quel rôle elle joue réellement.

Et surtout :

qui l’a choisie ?

Le véritable bénéficiaire ?

Notre enquête nous conduit également à nous interroger sur les raisons pour lesquelles le bureau d’études devait être établi à l’étranger.

Était-ce une simple décision administrative ?

Ou cette implantation répondait-elle à une logique particulière liée au projet et aux acteurs qui gravitaient autour de celui-ci ?

Autre interrogation :

quel était exactement le rôle d’Abderrahmane Ould Abdallah dans cette opération ?

Était-il simplement le dirigeant d’une société enregistrée au Royaume-Uni ?

Ou intervenait-il également dans les discussions et les arrangements liés au projet ?

Ce sont des questions auxquelles les documents et les protagonistes devront apporter des réponses.

Un puzzle qui relie Nouakchott à Londres

À ce stade, plusieurs éléments apparaissent dans une même chronologie :

Un homme régulièrement présent au ministère de l’Énergie.

Un ingénieur identifié comme Abderrahmane Ould Abdallah.

Le nom d’INTEC apparaissant dans plusieurs dossiers de la SOMELEC.

Deux contrats représentant ensemble environ 1,639 milliard d’anciennes ouguiyas.

Une société britannique créée le 12 décembre 2024.

Un capital initial de 1 000 livres sterling.

Un directeur mauritanien.

Une adresse londonienne où aucune activité opérationnelle évidente n’a pu être constatée lors de notre passage.

Puis le retour du nom INTEC dans des projets énergétiques majeurs en Mauritanie.

Pris séparément, chacun de ces éléments peut avoir une explication.

Mais réunis dans une même chronologie, ils soulèvent une série de questions auxquelles il faudra répondre.

Qui se trouve réellement derrière INTEC ?

Pourquoi cette société a-t-elle été créée au Royaume-Uni ?

Pourquoi son activité semble-t-elle difficile à identifier à son adresse officielle ?

Qui a décidé de faire appel à elle ?

Quel rôle exact Abderrahmane Ould Abdallah a-t-il joué ?

Et surtout :

Qui est le véritable bénéficiaire de ce montage ?

Pour l’heure, les documents, les contrats, les registres et les témoignages dessinent un fil qui part de Nouakchott, traverse les dossiers de la SOMELEC, passe par une société enregistrée à Londres, puis revient au cœur de projets énergétiques majeurs en Mauritanie.

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Un fil qu’il reste désormais à tirer jusqu’au bout.

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