La disparition tragique de l’étudiant Abdoulaye Ba continue de susciter une vive émotion au sein de la communauté universitaire sénégalaise. Face à la presse, Babacar Gueye Mbaye, président du RECAP et ancien étudiant de la Faculté des sciences juridiques et politiques de
l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a exprimé sa profonde indignation face à ce drame et présenté ses sincères condoléances à la famille du défunt, à ses proches ainsi qu’à l’ensemble des étudiants sénégalais durement éprouvés. Il a prié pour qu’Allah accueille le disparu dans Son paradis céleste et accorde à ses parents la force de surmonter cette épreuve.
Dans sa déclaration, Babacar Gueye Mbaye rappelle que, depuis plusieurs décennies, la bourse universitaire constitue l’un des piliers fondamentaux de l’enseignement supérieur public au Sénégal. Loin d’être un privilège ou une faveur accordée par l’État, elle est, selon lui, un droit social historiquement conquis, issu de longues luttes étudiantes visant à garantir l’égalité des chances et l’accès des jeunes issus de milieux modestes au savoir et à la promotion sociale.
Il souligne que pour une grande partie des étudiants sénégalais, la bourse et la restauration universitaire représentent les seuls moyens de subsistance. « Sans bourse et sans restauration, l’université devient de facto inaccessible à des milliers de jeunes Sénégalais », affirme-t-il, dénonçant une situation contraire aux principes d’équité et de justice sociale.
Témoignant en tant qu’ancien étudiant, Babacar Gueye Mbaye explique que la bourse universitaire a longtemps constitué sa seule source de revenus. Elle lui permettait non seulement de satisfaire ses besoins essentiels, mais également d’assumer certaines responsabilités familiales. Une réalité, précise-t-il, largement partagée par de nombreux étudiants pour qui la bourse conditionne la poursuite des études, la stabilité sociale et la dignité.
Selon lui, l’histoire des bourses universitaires au Sénégal est indissociable des combats pour la justice sociale, la dignité étudiante et la démocratisation de l’enseignement supérieur. Toute remise en cause de ce système fragilise profondément l’université et compromet l’avenir de milliers de jeunes, avec des conséquences directes sur le développement national.
Le président du RECAP insiste par ailleurs sur le fait que les étudiants ne sauraient être tenus pour responsables du chevauchement des années universitaires. Il attribue cette situation à des dysfonctionnements structurels persistants, à des choix administratifs contestables et à des politiques publiques inadaptées, jugeant profondément injuste et moralement inacceptable de faire porter aux étudiants le poids de ces manquements institutionnels.
Babacar Gueye Mbaye réaffirme également l’importance du respect strict des franchises universitaires, qu’il qualifie de principe fondamental garantissant à l’université son rôle d’espace de savoir, de débat démocratique et de liberté académique. Il dénonce toute transformation de l’université en un lieu de répression, d’intimidation ou de violence.
Revenant sur l’histoire de l’enseignement supérieur sénégalais, il rappelle que celle-ci est marquée par de nombreuses bavures policières en milieu universitaire, ayant parfois entraîné des pertes en vies humaines. De Balla Gaye sous le régime de Me Abdoulaye Wade à Fallou Sène sous celui de Macky Sall, jusqu’à Abdoulaye Ba sous l’actuelle gouvernance, ces drames constituent, selon lui, des blessures encore ouvertes dans la mémoire collective du mouvement estudiantin. Il souligne que l’usage de la force dans l’espace universitaire n’a jamais permis de résoudre les crises, mais les a au contraire aggravées.
« Aucun contexte, aucun prétexte, aucune justification ne saurait légitimer de tels agissements », martèle-t-il, dénonçant des violations graves des droits des étudiants et une atteinte aux valeurs républicaines.
Dans ce contexte, Babacar Gueye Mbaye affirme sans ambiguïté que « la rupture, ce n’est pas cela ». Selon lui, la rupture ne peut signifier la précarisation accrue des étudiants, la remise en cause de leurs droits sociaux ou une gestion autoritaire et répressive des crises universitaires.
La jeunesse sénégalaise, rappelle-t-il, attendait une rupture fondée sur le respect des engagements, l’écoute sincère des préoccupations étudiantes et une prise en charge responsable des difficultés structurelles de l’enseignement supérieur.
Refusant que les étudiants servent de boucs émissaires à des politiques défaillantes, il appelle à des actes concrets de justice, d’équité et de respect, sans lesquels la rupture resterait un simple slogan vidé de toute substance.
Par Ndeye Diallo
Selon lui, la rupture ne peut signifier la précarisation accrue des étudiants, la remise en cause de leurs droits sociaux ou une gestion autoritaire et répressive des crises universitaires.
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