Le Sénégal à l’épreuve des promesses du changement précarité du quotidien, inquiétudes sociales et incertitudes de l’avenir .Par Cheikh Oumar Sall

post Militant social — Sénégal « À quoi bon chercher des consolations, quand on n’a ni famille, ni patrie, ni compagnon, ni réconfort, ni foyer ? » — Abou at-Tayyib al-Mutanabbî La grandeur de la poésie ne réside pas uniquement dans sa capacité à exprimer les sentiments humains. Elle tient également à son pouvoir de traverser les siècles, jusqu’à faire des vers d’un poète d’autrefois le miroir des réalités contemporaines et la voix des hommes confrontés à l’incertitude, aux difficultés de l’existence et à la fragilisation de leurs espérances.
Lorsque nous évoquons ces vers d’al-Mutanabbî, ce n’est ni pour céder au pessimisme ni pour exprimer un quelconque désespoir à l’égard de notre patrie. C’est plutôt pour interroger la condition du citoyen qui cherche des raisons d’espérer, mais qui découvre que les promesses ne suffisent pas toujours à dissiper ses inquiétudes et que les discours politiques ne répondent
pas nécessairement à ses besoins quotidiens. Une question s’impose alors à notre conscience nationale : comment parler de changement et d’espérance lorsque le citoyen sénégalais continue de s’interroger sur l’emploi, le coût de la vie, l’avenir de ses enfants, le devenir de sa production agricole et les charges
financières qui pèsent sur son ménage ? Cette interrogation ne constitue ni une déclaration d’hostilité envers le gouvernement actuel ni une volonté de faire échouer une nouvelle expérience politique. Elle exprime la préoccupation d’un citoyen convaincu que les engagements politiques doivent se traduire par des résultats concrets et perceptibles dans la vie des populations. Car le Sénégal est plus grand que les partis, plus durable que les gouvernements, et l’intérêt
de son peuple doit demeurer supérieur à toute considération partisane.

I. LORSQUE LE FOSSE SE CREUSE ENTRE LES PROMESSES ET LES REALITES.

Le changement politique intervenu au Sénégal a suscité de grandes attentes. Les citoyens espéraient une nouvelle étape marquée par davantage de justice sociale, une lutte plus efficace contre la corruption, une expansion des possibilités d’emploi, une meilleure protection de la dignité humaine et l’ouverture de perspectives réelles pour la jeunesse. Il était donc naturel que le peuple accorde sa confiance aux nouvelles autorités et attende d’elles la traduction de leurs engagements en programmes opérationnels et en résultats mesurables. Cependant, la confiance politique ne constitue pas un blanc-seing, et la patience populaire ne saurait justifier le report indéfini des résultats attendus.
En tant que citoyen et acteur du Développement et de la vie politique, je constate un décalage préoccupant entre l’ampleur des espoirs suscités par l’alternance et ce que de nombreux citoyens disent observer dans leur quotidien. Au regard de mes observations et des préoccupations exprimées dans la société, je ne constate pas d’amélioration des perspectives d’emploi et des conditions de vie à la hauteur des attentes d’une partie importante de la population. Cela ne signifie pas que tous les efforts entrepris par les pouvoirs publics doivent être niés, ni que l’ensemble de leur action doit être considéré comme un échec. Cela signifie simplement que les citoyens sont en droit de demander des comptes et d’exiger des données transparentes permettant de distinguer les résultats obtenus des objectifs encore non atteints. Gouverner ne consiste pas à administrer des slogans. Gouverner, c’est assumer une responsabilité envers les conditions de vie, les aspirations et l’avenir des populations.

II. L’EMPLOI ENTRE NON-RENOUVELLEMENT DES CONTRATS ET PEUR DE L’AVENIR

L’une des préoccupations sociales les plus sérieuses apparaît lorsque le travail, qui devrait être une source de stabilité et de dignité, devient lui-même un facteur d’incertitude. Le dossier des travailleurs du Port autonome de Dakar, marqué par des informations relatives au non-renouvellement de contrats et par des revendications concernant la réintégration de certains agents, a soulevé une question fondamentale : comment concilier la restructuration des entreprises et la protection des droits des travailleurs ? Il convient de reconnaître toute mesure effective de règlement des différends ou de réintégration qui aurait été prise. Mais cela ne dispense pas de poser la question essentielle : comment éviter que les réorganisations institutionnelles ne deviennent une source permanente d’insécurité pour les salariés et leurs familles ? Les réformes administratives et financières peuvent être nécessaires. Toutefois, leur réussite ne saurait être évaluée uniquement à l’aune des économies budgétaires réalisées. Elle doit également se mesurer à leur capacité à améliorer la performance des institutions, à préserver les droits sociaux et à créer des emplois durables. Derrière chaque travailleur qui perd son emploi, il y a une famille qui doit continuer à se nourrir, à se loger, à se soigner et à assurer la scolarité de ses enfants. La perte d’un seul revenu peut déséquilibrer tout un ménage, provoquer un endettement supplémentaire et compromettre l’accès à des besoins essentiels. Nous demandons donc la publication d’un bilan précis de la situation de l’emploi, comprenant les postes créés, les contrats non renouvelés, les licenciements, les réintégrations et les nouvelles perspectives ouvertes par les politiques publiques. Nous ne voulons pas que la jeunesse demeure enfermée dans l’attente de recrutements hypothétiques, ni que les contrats précaires ou instables deviennent une alternative permanente à l’emploi décent. Le peuple qui a espéré le changement est en droit de savoir si le pays connaît une véritable expansion de l’emploi ou si les réorganisations en cours produisent des effets positifs encore insuffisamment perceptibles pour les citoyens.

II. LE PRODUCTEUR AGRICOLE QUI RECOLTE, MAIS NE TROUVE PAS D’ACHETEUR

S’il est une question qui révèle clairement le décalage possible entre les ambitions économiques et les réalités du terrain, c’est bien celle de la commercialisation des productions agricoles. Comment demander aux agriculteurs d’accroître leur production, les encourager à investir dans les semences, les engrais, l’irrigation et la main-d’œuvre, puis les laisser affronter seuls les difficultés d’écoulement de leurs récoltes ? Les difficultés de commercialisation du riz local au Sénégal ont suscité des inquiétudes chez les producteurs et les transformateurs, notamment en raison de stocks invendus et de la concurrence du riz importé. Cette situation ne concerne pas seulement les exploitants agricoles. Elle touche également la sécurité alimentaire, la stabilité des marchés et la capacité de notre économie à développer une industrie agroalimentaire nationale compétitive.
En ma qualité d’ingénieur agronome et d’acteur engagé dans les questions de développement, je tiens à souligner que la souveraineté alimentaire ne se réalise pas uniquement par l’extension des superficies cultivées ou par l’annonce d’une hausse de la production. Elle exige une politique cohérente intégrant le financement, la disponibilité des intrants au moment opportun, le conseil agricole, la maîtrise de l’eau, le stockage, la transformation industrielle, le transport et la commercialisation. Un producteur incapable d’écouler sa récolte risque de ne pas pouvoir rembourser ses dettes ni financer la campagne suivante. Il peut finir par renoncer à investir dans son exploitation. Ainsi, une difficulté de commercialisation peut devenir une menace pour la production future, l’emploi rural et la sécurité alimentaire nationale.
Nous demandons la mise en place de mécanismes efficaces d’écoulement des productions locales, le renforcement des capacités de stockage et de transformation, la promotion des industries agroalimentaires et une meilleure articulation entre les producteurs, les marchés et les dispositifs de financement.
À quoi sert-il de réussir la production si nous échouons à commercialiser ce que nous produisons ? Et quel intérêt y a-t-il à demander aux agriculteurs de consentir des efforts supplémentaires si nous les laissons seuls face aux risques de mévente et de perte financière ? L’agriculture n’est pas un secteur marginal. Elle constitue un pilier du développement industriel économique et de la stabilité sociale. Les producteurs sénégalais ont droit à des politiques publiques qui leur permettent de produire, de vendre et de vivre dignement de leur travail.

III. CARBURANTS ET PRELEVEMENT DE 1 % : OU EST LA TRANSPARENCE ?

Une autre question mérite une clarification urgente : les pratiques signalées par des consommateurs concernant la perception, dans certaines stations-service, d’un montant supplémentaire équivalant à 1 % de la somme engagée pour l’achat de carburant. Selon les pratiques rapportées, un client qui souhaite acheter du carburant pour une valeur de 10 000 francs CFA peut être invité à verser 100 francs supplémentaires. Dans d’autres cas, ce montant serait déduit de la somme versée, de sorte que le client ne recevrait du carburant que
pour une valeur de 9 900 francs CFA. La préoccupation soulevée tient notamment au fait que, selon les observations rapportées, ce montant ne serait pas clairement affiché sur l’écran de la pompe et que le consommateur ne disposerait pas nécessairement d’une explication officielle précisant sa nature et son fondement. Plusieurs questions légitimes se posent alors. Quelle est la nature exacte de ce montant ? S’agit-il d’un impôt, d’une taxe, d’une redevance ou d’un autre type de prélèvement ? Qui en a décidé la perception ? Quel en est le fondement juridique ? À qui son produit est-il destiné ? Pourquoi n’est-il pas clairement indiqué au consommateur avant la finalisation de la transaction ?
Nous ne souhaitons ni formuler d’accusations sans preuves ni qualifier juridiquement ce prélèvement sans disposer des documents nécessaires. Nous affirmons néanmoins un principe fondamental : tout montant perçu auprès d’un citoyen doit être identifiable, justifié et vérifiable. Le problème ne se limite pas aux 100 francs CFA. Il concerne le droit du consommateur de savoir ce qu’il paie, pourquoi il le paie et sur quelle base légale. Dans un contexte où de nombreux ménages subissent déjà une forte pression sur leur pouvoir d’achat, la transparence ne saurait être considérée comme une simple formalité administrative. Elle constitue une obligation essentielle de bonne gouvernance. Nous demandons par conséquent aux autorités compétentes, aux organismes chargés de la régulation du secteur des hydrocarbures et aux représentants des consommateurs d’apporter une clarification officielle sur cette pratique, d’en préciser la nature, les modalités de calcul et le bénéficiaire. La confiance entre l’État et le citoyen commence par des éléments simples : un prix connu, une quantité vérifiable, un montant compréhensible et une réponse institutionnelle à toute question légitime.

IV. L’EDUCATION EST UN DROIT, NON UNE CHARGE SUPPLEMENTAIRE

Pour les familles ’éducation représente l’un des investissements les plus importants qu’une nation puisse consentir pour son avenir. Elle constitue un instrument de lutte contre la pauvreté, d’élargissement des opportunités et de préparation des générations futures à participer au développement du pays. C’est pourquoi les plaintes relatives à l’augmentation des frais d’inscription dans certains établissements scolaires, notamment au niveau de l’enseignement élémentaire et moyen, méritent une attention sérieuse, particulièrement lorsque les familles doivent faire face à des dépenses croissantes à la rentrée. Il convient naturellement de distinguer les établissements publics des établissements privés, ainsi que les frais officiellement autorisés des sommes éventuellement exigées à l’échelle locale. Chaque situation doit être examinée au regard des règles applicables et des responsabilités des autorités concernées.

Mais cette distinction ne change rien à la question fondamentale : comment garantir que les contraintes financières ne compromettent pas la scolarité des enfants et n’obligent pas les familles à choisir entre les frais scolaires et les dépenses indispensables du ménage ? Nous demandons une clarification des frais autorisés, un contrôle des augmentations injustifiées, la mise en place de mécanismes de recours accessibles et une attention particulière aux familles à faibles revenus. Une coordination effective doit également être assurée entre les autorités éducatives et les responsables des politiques sociales, afin que les décisions financières tiennent compte de leurs conséquences directes sur les ménages. Il est contradictoire de proclamer l’investissement dans le capital humain comme une priorité nationale si, dans le même temps, le coût de l’éducation devient une source supplémentaire d’angoisse pour les citoyens. L’école n’est pas simplement un établissement qui accueille nos enfants. Elle est une porte ouverte sur leur avenir. Cette porte doit rester accessible à tous, et non se refermer progressivement devant ceux qui disposent de ressources limitées.

VI. LORSQUE LES RESPONSABLES POLITIQUES S’AGITENT, QUI ENTEND LA SOUFFRANCE
SOCIALE ?

L’un des risques les plus préoccupants de la vie politique est le détachement progressif des élites à l’égard des préoccupations quotidiennes des populations. Le débat public peut être saturé de déclarations, de rivalités partisanes, d’accusations réciproques et de conflits autour des postes et des responsabilités, tandis que les questions essentielles demeurent sans réponse. De quoi une famille vivra-t-elle demain ? Comment un jeune pourra-t-il accéder à un emploi décent ? Comment un agriculteur pourra-t-il vendre sa récolte ? Comment un travailleur fera-t-il face à ses obligations après la perte de son emploi ? Comment un élève poursuivra-t-il sa scolarité lorsque les dépenses augmentent ? Une politique qui ne part pas de ces interrogations risque de perdre progressivement son lien avec la société. La critique du gouvernement ne doit pas être interprétée comme un rejet systématique de toute son action. De la même manière, la défense du pouvoir ne saurait justifier l’indifférence à l’égard des difficultés vécues par les citoyens.
Le gouvernement est responsable des résultats et de la transparence. L’opposition doit proposer des alternatives crédibles. Les institutions de contrôle doivent exercer leurs missions. La société civile doit porter la voix des catégories qui ne disposent pas toujours des moyens nécessaires pour faire entendre leurs préoccupations. Quant au citoyen, il ne doit pas demeurer un simple spectateur de débats politiques qui ne changent rien à sa situation. Nous avons besoin d’un débat public qui fasse de l’amélioration des conditions de vie une priorité et qui évalue les politiques publiques à partir de leurs effets concrets, plutôt qu’à partir du bruit médiatique qui les accompagne.

VII. DES PROMESSES DE CHANGEMENT A UN PROGRAMME DE RESULTATS

Une critique qui ne propose aucune voie d’amélioration demeure incomplète. C’est pourquoi nous demandons des mesures concrètes, transparentes et susceptibles d’être suivies et évaluées. En matière d’emploi : publier un bilan précis des postes créés, des licenciements, des contrats non renouvelés et des mesures prises pour protéger les travailleurs et réintégrer les personnes concernées. En matière agricole : mettre en œuvre un plan efficace de commercialisation des productions locales, résorber les stocks invendus, développer les capacités de stockage et de transformation industrielle, améliorer le financement des producteurs et renforcer leur accès
aux marchés. En matière de carburants : clarifier la composition des prix, l’existence et la nature des taxes ou prélèvements, leur fondement juridique et les modalités de perception. Tout montant supplémentaire doit être clairement porté à la connaissance du consommateur.
En matière d’éducation : publier les frais d’inscription officiellement applicables, contrôler les augmentations, protéger les ménages à faibles revenus et veiller à ce qu’aucun enfant ne soit privé d’éducation faute de moyens financiers. En matière de pouvoir d’achat : évaluer les conséquences des décisions économiques sur les ménages et mettre en place des mesures concrètes en faveur des catégories les plus exposées. En matière e de communication gouvernementale : publier régulièrement des rapports accessibles au public, précisant les engagements réalisés, les objectifs non atteints, les raisons des retards et les mesures correctives prévues.
En matière de dialogue national : instaurer des mécanismes de concertation régulière avec les travailleurs, les agriculteurs, les femmes, les jeunes, les syndicats et les organisations de la société civile, afin de les associer à la recherche de solutions. Ces exigences ne constituent ni un appel à la confrontation ni une tentative d’entraver l’action gouvernementale. Elles relèvent d’une responsabilité nationale : faire du citoyen un acteur du développement plutôt qu’un simple destinataire de décisions prises sans lui.

VIII. LA SAGESSE D’AL-MUTANABBI : UN MESSAGE AUX DIRIGEANTS ET A LA SOCIETE

il ne fut pas seulement un poète des sentiments. Il fut également un observateur des vicissitudes du temps et de l’écart entre les aspirations humaines et les circonstances de la vie. Parmi ses vers les plus célèbres figures celui-ci : « L’homme n’obtient pas toujours ce qu’il désire ; les vents soufflent parfois dans une direction contraire à celle que souhaitent les navires. » Ce vers nous rappelle qu’un gouvernement peut être confronté à des difficultés imprévues et qu’il n’est pas toujours possible de réaliser toutes les promesses dans un délai très court. Mais cette sagesse ne saurait justifier la résignation, l’abandon du droit de regard des citoyens ou la suspension indéfinie de toute exigence de résultats. Lorsque les vents ne soufflent pas dans la direction souhaitée, la responsabilité du capitaine consiste à les comprendre, à adapter sa navigation et à informer les passagers des risques du voyage. De la même manière, les dirigeants doivent reconnaître les difficultés, hiérarchiser les priorités, présenter les résultats et corriger les erreurs lorsqu’elles apparaissent.
Le citoyen ne peut être appelé à supporter seul le coût des erreurs. Il ne peut être invité à patienter sans perspective claire. Et les difficultés économiques ne doivent pas devenir une explication permanente à tous les retards et à tous les échecs. Nous voulons un leadership capable de reconnaître les défis, de définir des priorités, de rendre compte de ses résultats et de rectifier le cap lorsque cela est nécessaire. Nous voulons également une société qui revendique ses droits avec discernement et responsabilité, sans violence, sans stigmatisation et sans renoncer à l’espérance. La critique responsable n’est pas une hostilité envers la patrie. La reddition de comptes n’est pas une trahison. Reconnaître une insuffisance n’est pas un signe de faiblesse. Ces principes constituent, au contraire, des conditions essentielles à la construction d’un État solide et d’une société confiante. L’heure de la réflexion et des responsabilités : le Sénégal est plus grand que les gouvernements, et le peuple plus grand que les promesses
Le Sénégal est notre patrimoine commun. Il appartient à tous ses citoyens et dépasse les limites de tout gouvernement, de tout parti et de toute personnalité politique. La réussite des autorités dans l’amélioration des conditions de vie constitue une réussite pour l’ensemble de la nation. De même, les difficultés rencontrées par les politiques publiques ne devraient jamais devenir un motif de réjouissance partisane, mais une raison supplémentaire de rechercher les moyens de redresser la situation. Nous ne souhaitons pas l’échec du gouvernement, car cet échec ne serait pas supporté par les seuls responsables politiques. Il pourrait être payé par le travailleur privé de son emploi, l’agriculteur incapable d’écouler sa récolte, la famille en difficulté pour assurer la scolarité de ses enfants et le jeune qui attend désespérément une opportunité. Mais nous refusons également que la crainte de déranger les autorités devienne une raison de garder le silence face aux souffrances de la société.
La fidélité à la patrie nous impose de dire ce que nous observons, de défendre ce que nous estimons juste, de reconnaître les progrès lorsqu’ils sont réels, de dénoncer les insuffisances lorsqu’elles sont établies et de refuser que les divergences politiques se transforment en hostilité entre les citoyens d’un même pays. Les Sénégalais ont accordé leur confiance dans l’espoir d’un changement. Ils sont aujourd’hui en droit d’en demander les résultats. Ils ont fait preuve de patience face aux difficultés. Ils sont en droit de savoir combien de temps l’attente doit encore durer et quelles mesures permettront de rendre demain plus sûr qu’aujourd’hui. Il ne s’agit pas d’exiger que toutes les promesses soient réalisées simultanément. Il s’agit de demander une trajectoire claire, des progrès tangibles, une répartition équitable des efforts et
une reconnaissance sincère des difficultés. Le citoyen ne veut pas seulement entendre que l’avenir sera meilleur. Il veut des signes concrets démontrant que des actions sont effectivement menées pour préparer cet avenir. Notre message aux responsables est donc clair : faites de la dignité du citoyen le critère fondamental de la réussite publique ; faites de l’emploi une priorité ; faites de la production nationale un pilier du développement ; protégez le droit à l’éducation ; et faites de la transparence une règle incontournable de la gestion des affaires publiques. Notre message à la société est tout aussi clair : préservons notre conscience citoyenne et notre sens des responsabilités. Réclamons nos droits par des moyens pacifiques et légaux. Ne
laissons pas le désespoir nous priver de notre capacité à participer à la construction de notre pays. Un peuple qui accorde sa confiance mérite la sincérité. Un peuple qui fait preuve de patience mérite des résultats. Une patrie que nous aimons mérite de tous ses enfants un engagement sincère, au-delà des slogans.
La véritable question n’est donc pas de savoir qui remporte le bras de fer politique, mais qui réussit à alléger les charges des citoyens, à préserver leur dignité et à rendre l’espérance à leurs cœurs. Le vers d’al-Mutanabbî par lequel nous avons commencé ne doit pas être interprété comme une invitation au désespoir national. Il nous rappelle plutôt que l’être humain ne peut vivre de promesses seulement et qu’une nation ne peut se relever durablement que si la dignité de son
peuple devient la finalité de chaque décision publique.
Ne reléguons pas les souffrances des citoyens au second plan des calculs politiques. Ne faisons pas de la patience populaire un substitut à l’action. Et ne laissons pas l’espérance qui a accompagné le changement se transformer en une interrogation douloureuse sur l’avenir. Le Sénégal n’a pas tant besoin de la victoire d’un camp politique sur un autre que de la victoire du citoyen sur la pauvreté, la peur et le chômage. Il a besoin d’un État dans lequel chacun se sente respecté dans sa dignité, reconnu dans ses efforts et confiant dans l’avenir de ses enfants.

Cheikhou Oumar Sall
Thiès le 21 OCTOBRE 2026

post

Cheikhou Oumar Sall
Thiès le 21 OCTOBRE 2026

À QUOI SE RACCROCHER, QUAND
LE PEUPLE SOUFFRE ?